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Des ingénieurs Apple agitent la menace de démission

par Stéphane Larcher, le 18 mars 2016

D 21 mars 2016     H 19:15     A Clausyl info     C 7 messages


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« Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre ». Cette célèbre citation de Winston Churchill à propos des accords de Munich pourrait être adaptée à la situation qui se joue actuellement de l’autre côté de l’Atlantique entre Apple et la justice américaine, en bien moins grave évidemment. En effet, selon le New York Times, une bonne partie des ingénieurs d’Apple en charge du chiffrement seraient prêts à démissionner de leurs fonctions plutôt que d’écrire un nouveau programme qui compromettrait la sécurité du système d’exploitation si la justice donnait raison au FBI et forçait Apple à développer une « backdoor » permettant l’accès aux données.

Une équipe très petite dans un environnement cloisonné

La décision pourrait faire sourire mais elle va bien au-delà du symbole. En effet, Les ingénieurs en charge de la sécurisation d’iOS sont très peu nombreux et un plan massif de démissions ralentirait fortement voire bloquerait la mise en œuvre de l’écriture de ce nouveau programme.

Apple a d’ores et déjà expliqué que pour supprimer la protection actuelle (effacement des données de l’iPhone après 10 tentatives ratées de déverrouillage), il lui faudrait mobiliser 6 à 10 ingénieurs très qualifiés pendant un mois à temps plein. Or, ces 6 à 10 ingénieurs sont une bonne partie de l’équipe qui s’est chargée de la sécurisation. S’ils démissionnent, il n’y a plus personne pour réaliser la mission et l’on se doute qu’Apple ne va pas se précipiter pour trouver des remplaçants qui, par ailleurs, ne sont pas faciles à recruter car ils représentent la crème de la crème. Cette perspective a d’ailleurs été envisagée par Apple dans les conclusions déposées au tribunal : « une telle mobilisation est fondamentalement une offense par rapport aux principes au cœur d’Apple et poserait une menace sévère à l’autonome d’Apple et ses ingénieurs ».

Rebel, Rebel

Notre confrère du NYT rappelle qu’en dépit de son insolente santé financière, Apple reste marqué par une culture héritée de Steve Jobs et Steve Wozniak. « C’est une culture indépendante et rebelle. Si le gouvernement essaie de contraindre ces ingénieurs, je leur souhaite bonne chance », déclare de son côté Jean-Louis Gassée, ancien dirigeant d’Apple. Tim Cook, l’actuel CEO, écrivait récemment que « les mêmes ingénieurs qui ont bâti un chiffrement fort dans l’iPhone pour protéger les utilisateurs seraient, ironiquement, contraints à affaiblir ces protections et en conséquence, affaiblir la sécurité des utilisateurs ». Le New York Times rappelle qu’Apple est une entreprise très compartimentée et que la collaboration entre les différentes équipes de développement s’effectue en toute fin de processus ; corrections de bugs, audits de sécurité, détails des interfaces. En conséquence, les ingénieurs en charge de la sécurisation et du chiffrement sont les seuls capables d’écrire ce qui est déjà nommé en interne le « GovtOS ».

Quitter l’Amérique ?

Pas d’inquiétude pour ces ingénieurs démissionnaires. Ils trouveraient immédiatement un job dans n’importe quelle autre entreprise de technologie et comme le souligne le NYT pourraient même arborer un « badge d’intégrité » pour désobéissance aux demandes du gouvernement.

Bien évidemment, tout ceci ne pourra se faire que lorsque toutes les voies de recours auront été épuisées, ce qui peut sans doute aller jusqu’à la Cour Suprême. Même si la justice américaine est relativement rapide, l’affaire prendra encore des mois. Par la suite, si la décision est confirmée mais non exécutée, Apple pourrait être condamné pour outrage et obligé de verser une amende par jour de retard dans l’exécution. Dans le passé, une entreprise sommée de fournir des informations sur Edward Snowden – Lavabit – avait préféré fermer plutôt que s’exécuter.

On n’ose envisager une telle issue pour l’un des fleurons de l’Amérique. Mais une délocalisation dans un autre pays est une possibilité qui ne peut pas être négligée. Dans le passé, lors du bras de fer qui avait opposé Microsoft au gouvernement américain, l’entreprise dirigée alors par Bill Gates avait émis l’hypothèse de déménager son siège social quelques kilomètres au Nord de Seattle, à Vancouver, Canada, pour ne pas voir Microsoft démantelé en plusieurs entités comme cela avait été évoqué. Dans le cas d’Apple, ce n’est assurément pas une question d’argent, car l’essentiel des 200 et quelques milliards de cash dont elle dispose se trouve déjà hors des Etats-Unis.


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